Le Docteur Ronny Lopes, chirurgien orthopédiste, nous éclaire sur la place de la chirurgie dans la gestion d’une entorse de cheville chez un sportif professionnel, et notamment son intérêt pour limiter le risque de récidive.

Lorsque l’on se demande s’il est préférable de privilégier le traitement fonctionnel ou le traitement chirurgical dans la prise en charge d’une entorse de cheville, les résultats sont disparates. En effet, certains disent que le traitement chirurgical est mieux, d’autres se dirigent plutôt vers le traitement fonctionnel, et enfin certains ne s’avancent pas, par manque de niveau de preuve.

En tant que chirurgien, le docteur Lopes décide de faire la balance Bénéfices/Risques lorsqu’il décide, ou non, de procéder à une opération.
En 2018, un article du « Foot and Ankle Clinics » portait sur l’instabilité aigüe de cheville, et présentait les bénéfices et les risques des deux méthodes énoncées ci-dessus.

Le principal risque du traitement non chirurgical est la récidive, avec différents niveaux de risque selon les sports pratiqués par les patients. En moyenne, il y a 30% de risque de se faire une entorse si nous en avons déjà eu une, mais selon les sports et le niveau, ce chiffre varie. En effet, le risque de récidive est très élevé chez le basketteur professionnel (80% de récidive), puis vient le tour du volleyeur (75% de récidive), et enfin le footballeur (20% de récidive).
A long terme, le risque de l’instabilité chronique est l’arthrose de cheville, cela représente la 2ème cause après les traumatismes fracturaires. Un footballeur professionnel ayant une instabilité de cheville a, par exemple, 33% de risques de développer de l’arthrose de cheville à 25 ans.
De même pour la douleur : 74% des footballeurs professionnels ont encore des douleurs de cheville a un an de leur blessure.
S’ajoutent à cela des risques que la blessure aboutisse à une lésion cartilagineuse, et également un coût relativement élevé des traitements fonctionnels.

Les bénéfices de la chirurgie sont très difficiles à définir à l’heure qu’il est, dû notamment aux importantes évolutions des techniques chirurgicales. Le recul concernant les chirurgies moins invasives, telles que l’arthroscopie, n’est aujourd’hui pas suffisant. Le seul recul existant concerne des chirurgies « à ciel ouvert », avec un risque infectieux bien plus élevé, et un retour terrain plus long.
Aujourd’hui, la chirurgie s’effectue grâce à plusieurs trous de quelques mm, qui permettent d’attraper, par exemple, le ligament à l’aide de pinces, en plaquant le ligament pour qu’il cicatrise contre la malléole externe. Le but de la chirurgie est d’être une aide mécanique à la cicatrisation naturelle.

Attention par contre, la chirurgie d’une entorse de cheville ne s’adresse pas à tous les patients : cela dépend des cas, mais cela s’adresse uniquement à des sportifs professionnels. Il y a alors trop de biais pour répondre à la question initiale, à savoir « Est-ce que la chirurgie est à privilégier par rapport au traitement fonctionnel lorsque l’on traite une entorse de cheville ? ».

L’objectif du traitement chirurgical, s’il est privilégié, est de faire « mieux » que le traitement fonctionnel. Mais mieux pour qui ? Pour le joueur ? Pour sa cheville ? Pour l’entraineur, le club, l’agent, ou encore mieux pour la sélection nationale ? Seul le joueur pourra répondre à cette question.
L’éligibilité à la chirurgie est dans tous les cas la suivante : un sportif professionnel, qui souffre d’un premier traumatisme de la cheville (ou n’a pas souffert d’un traumatisme depuis 3 ans), et que la lésion soit grave (rupture du ligament, ou lésion de la syndesmose, par exemple).
En pratique se pose un dilemme, que seul le joueur aura la responsabilité de résoudre :

  • Un retour terrain évalué à 3 mois s’il y a opération, contre 1 mois ½ sans réparation
  • Un risque de récidive de 10% si l’on décide d’opérer, alors que sans opération, il varie beaucoup

Aujourd’hui, on connaît très bien les bénéfices et les risques du traitement fonctionnel, alors que ceux du traitement chirurgical restent relativement flous.
Ce qui nous permettra demain d’apporter des réponses plus claires se résume à de l’observation sur plusieurs années de l’évolution de l’état des patients.

Pour avoir plus de détails sur l’intervention du Docteur Lopes à la conférence organisée par Follow Health sur l’entorse de cheville chez un sportif professionnel, n’hésitez pas à visionner la vidéo sur notre chaîne Youtube.