Le Docteur Thibaud Berlivet, médecin du sport, nous livre son expertise sur la pathologie, et sur la prise en charge médicale lors d’une entorse de cheville.

Le mot « entorse » nous vient du latin « intorquere » : nous retrouvons ici la notion de torsion de l’articulation, qui va provoquer une distension des ligaments et de la capsule articulaire.
L’entorse de cheville est aujourd’hui la principale blessure chez les sportifs, puisqu’elle concerne 20% des traumatismes observés, et elle touche majoritairement les basketteurs, volleyeurs, footballeurs ou handballeurs. Les femmes ayant une plus grande laxité constitutionnelle, elles sont plus sujettes à ce type de blessure.

Mais alors comment prendre en charge une telle blessure lorsqu’elle se déroule sur un terrain devant nos yeux ?
Il faut d’abord procéder à un interrogatoire, afin de connaître le mécanisme de torsion, savoir si la cheville a « craqué », si le joueur sent son articulation gonfler, et si la blessure provient d’un mouvement qu’il a effectué seul ou déroule d’un contact violent.
A ce moment-là se pose une question : est-ce que le joueur peut continuer à jouer ?

Il est nécessaire de procéder à un examen clinique rapide sur le terrain afin d'évaluer la gravité et de pouvoir prendre une décision, puis un examen plus approfondi en dehors du terrain si la décision est prise de l'évacuer. Il faut en premier, avant même un gonflement, essayer de rechercher une lésion osseuse, avec les critères d’Ottawa (palpation des deux malléoles, de la base du cinquième métatarsien, et l’os naviculaire).
Si les lésions osseuses sont écartées, il faut alors se tourner vers la détection des lésions ligamentaires grâce à un examen clinique, permettant de détecter le type d’entorse : entorse de la syndesmose, entorse du ligament collatéral latéral, entorse du ligament collatéral médial, entorse du médio-tarse et du tarse…

La syndesmose est composée du ligament tibio fibulaire antéro-inférieur, du ligament tibio fibulaire postérieur, et de la membrane interosseuse. S’il y a une lésion du ligament tibio-fibulaire, il y a un risque de diastasis, qui s’il n’est pas traité cicatrisera très mal. Le mécanisme de ces lésions est principalement un mécanisme de flexion dorsale couplée à une rotation latérale.
Pour réaliser l’examen clinique de la syndesmose, il faut palper le ligament, effectuer un squeeze test, faire un test en dorsiflexion rotation latérale afin de détecter des douleurs et effectuer un test en charge en flexion dorsale forcée pour recherche d'une douleur, puis de refaire ce test en comprimant les malléoles et voir si ça soulage.

Le ligament collatéral latéral est, lui, composé de trois faisceaux : le ligament talo fibulaire antérieur (LTFA), le ligament calcanéo-fibulaire et le ligament talo-fibulaire postérieur. Le mécanisme qui se déroule ici est le plus classique dans le cas d’une entorse : une inversion, c’est-à-dire une flexion plantaire associée à un varus et une supination. A l’examen clinique, il convient de palper le trajet des trois faisceaux et d’effectuer une mise en tension des ligaments.

Pour l’entorse du ligament collatéral médial, ou ligament deltoïde, on note deux mécanismes d’atteinte : le valgus forcé ou encore une inversion qui entraine une impaction du ligament collatéral médial contre la malléole tibiale.

En ce qui concerne l’entorse du Chopart et du Lisfranc, ce sont encore d’autres mécanismes. Ici, le traumatisme sera plutôt une flexion plantaire forcée, associée à une supination. Il faut donc palper les différents trajets ligamentaires, et essayer d’effectuer un blocage du talon associé à une rotation de l’articulation. Il faudra également procéder au testing des différents tendons : tendon tibial postérieur, tendons fibulaires et tendon long fléchisseur de l’Hallux.

Lorsque l’examen clinique est effectué et que l’on a une idée du type de lésion rencontrée, il est nécessaire de mettre en place rapidement le protocole GREC (Glace, Repos, Élévation Contention), en commençant par glacer la cheville. Le but du GREC est de drainer l’œdème, en favorisant le retour veineux.
On pourra également procéder à des prescriptions de paracétamol, ou encore d’anti-inflammatoire, même si l’utilisation de ces derniers est controversée.

Par la suite, il faudra s’intéresser au bilan lésionnel : quels ligaments ? quelle gravité ? A-t-on affaire à une simple distension ligamentaire, à une rupture partielle du ligament ou alors à une rupture totale ?
L’examen complémentaire rapide à effectuer est une échographie, très pratique dans ce type de lésion, qui permet de tester la distension des ligaments.
Une immobilisation sera également à prévoir, allant de 7 jours pour un stade I, à 45 jours pour un stade III avant un retour terrain.
Dans tous les cas, de nombreux critères de reprise existent : le type de sport, le calendrier sportif de la saison, la stabilité sur les tests de proprioception, l’absence de douleur en charge, ou encore une force musculaire retrouvée.

Pour avoir plus de détails sur le sujet, vous pouvez visionner l’intervention du Docteur Berlivet à une conférence organisée par Follow concernant l’entorse de cheville chez un sportif professionnel sur notre chaîne Youtube.