Nicolas-Pierre Bernot, kinésithérapeute au FC Nantes, nous dévoile ce qui se joue pour les sportifs de haut niveau, victimes d’une entorse de cheville, pathologie des plus fréquentes.

« Le facteur de risque numéro 1 d’une entorse est d’en avoir déjà fait une ». En effet, lors d’une entorse de cheville, il est indispensable de ne pas banaliser la sévérité de la pathologie, afin de ne pas risquer une chronicisation.

Il nous déroule les différentes étapes de la prise en charge, de la blessure au retour terrain et insiste sur les divers critères de suivi.

Lorsqu’une blessure arrive, la prise en charge pré diagnostique de la cheville est effectuée. Glace, compression, élévation… Tous ces éléments sont utilisés afin de limiter les dégâts en pré-rééducation.

Par la suite, les critères de bilan et surveillance (douleur, œdème, mobilité, force, stabilité, AVQ) permettent de valider les avancées de la rééducation.

Le but de la rééducation est de progresser sur tous les domaines en parallèle : douleur, force, proprioception, mobilité et amplitude ; différentes méthodes peuvent-être utilisées, certaines avec un plus grand niveau de preuves que d’autres.
On notera notamment l’efficacité de la compression, de la reprogrammation neuromotrice ou encore de la thérapie manuelle.

Dans tous les cas, il est indispensable de prendre en charge l’entorse le plus tôt possible et, tout en respectant les critères de surveillance mis à disposition, de favoriser la mobilité et la remise en charge rapide.
La précocité de prise en charge va permettre de diminuer les souffrances du patient et d’avoir une fonction globalement plus vite retrouvée.

Les critères de RTP (Return To Play), i.e. de retour au jeu, sont multiples dans la littérature ; notamment :

  • Douleur, facilement suivie grâce à l'EVA
  • Oedème, mesurable par la périmétrie
  • Amplitude, avec une observation poussée de la flexion dorsale de la cheville, mesurable entre autres grâce au Weight-bearing lunge Test
  • La cinématique articulaire, avec le glissement postérieur du Talus, qui est un élément primordial à vérifier
  • La force, avec les tests par Myolux (R), qui objectivent les déficits éventuels d'instabilité et qui sont à préférer à l'isocinétisme ou au dyamomètre.
  • L'équilibre Postural statique (avec par exemple le Time to Boundary, ou le Balance Error Scoring System) et dynamique (mesurable notamment par le Single Leg Figure 8 Hop Test, un test relativement complet)
  • Des questionnaires patients, qui nous permettent des observations subjectives
  • D'autres divers tests sur les AVQs ou la qualité de marche mais plutôt destinés à une population non sportive professionnelle.

Dans tous les cas, il est primordial de faire le nécessaire afin d’éviter de rentrer dans une instabilité chronique : la prise en charge d’une première entorse de cheville est essentielle pour prévenir de ce cercle vicieux.

Les critères de Return to Play que Monsieur Bernot a défilé ne sont pas à 100% prédictifs, mais plutôt à considérer comme un guide dans l’accompagnement.

Une fois que le sportif professionnel est de retour sur le terrain, des mesures doivent être prises afin d’éviter la récidive. Une attention particulière est portée aux facteurs de risque : antécédents, déficit articulaire, déficit proprioceptif, symétrie musculaire, laxité globale, force en abduction des hanches, contexte de pratique du sportif, RTP précoce…

Idéalement, un travail préventif ne devrait pas attendre une blessure avant d'être mis en place mais devrait l'être suite à la découverte de facteurs de risque lors de tests de présaison par exemple ; or souvent ce n'est qu'après une première entorse ou d'avantages que ce type de protocoles voient le jour.

Par ailleurs, dans le contexte d’une prise en charge chez les sportifs professionnels, les réalités du terrain sont complexes, et il est nécessaire de prendre en charge à la fois les objectifs des soignants, de l’environnement et du sportif.
En effet il ne s'agit pas uniquement de traiter un patient avec son déficit de cheville mais de jongler avec un contexte à enjeux et avec des éléments éventuellement parasitant (calendrier de compétitions, pressions extérieures...). Cela peut nous amener à prendre plus ou moins de risque dans les options de rééducation.
Tout l'enjeu est là : être d'avantage efficient qu'efficace et savoir oser tout en protégeant.

Pour avoir plus de détails sur l’intervention de Monsieur Bernot lors de la conférence sur l’entorse de cheville chez un sportif professionnel organisée par Follow, n’hésitez pas à visionner la vidéo sur notre chaîne Youtube.